Article 4 : Désamorcer les crises de l’enfant ou comment mieux les gérer

Les facteurs qui déclenchent les crises

La reconnaissance des facteurs qui déclenchent les crises permet aux parents ou à l’enfant d’anticiper les situations problématiques et de prévenir les crises. Ces facteurs ne sont pas nécessairement présents tout de suite avant la crise, mais concourent à son déclenchement.

Les besoins frustrés

En raison de son déficit d’inhibition et de sa difficulté à tolérer les délais, l’enfant ayant un TDA-H vit souvent au moment présent. Il a du mal à attendre son tour et accepte mal que ses besoins ne soient pas satisfaits immédiatement.

L’injustice

Comme tout enfant, l’enfant ayant un TDA-H réagit fortement lorsqu’il perçoit une injustice à son égard. Aussi, comme il a de la difficulté à voir sa propre responsabilité dans les conflits ou dans les évènements négatifs qui lui arrivent, il pourra plus souvent que les autres trouver que les remontrances des adultes sont injustifiées.

Les blessures à l’estime de soi et le sentiment d’échec

Certains enfants, qui ont faible estime de soi, réagiront fortement à toute remarque négative ou à tout reproche. Les enfants qui ont des difficultés d’apprentissage sont particulièrement vulnérables lorsque leurs erreurs sont soulignées ou qu’ils obtiennent de faibles résultats. 

Certains enfants font des crises pour éviter des situations où ils pourraient vivre des difficultés ou des échecs (par exemple, pendant la période des devoirs). 

Les échecs accumulés en raison des problèmes associés au TDA-H provoquent des blessures à l’estime de soi et sont susceptibles de provoquer des crises. Sans compter que ces problèmes donnent lieu à de nombreuses punitions et réprimandes de la part de leur entourage, ce qui entretient leur sentiment d’échec.

La perte de pouvoir personnel

L’enfant a besoin de sentir qu’il maîtrise la situation et qu’il est capable d’agir par lui-même sans toujours se sentir sous l’autorité d’un adulte. (« C’est toujours vous qui décidez ! » dira-t-il souvent)

L’envahissement de l’espace personnel

Bien des enfants ayant un TDA-H sont particulièrement sensibles au toucher et tolèrent difficilement qu’il y ait une autre personne dans leur espace vital (par exemple : un autre enfant assis près d’eux dans un fauteuil pour regarder la télévision).

L’accumulation de stress ou de frustrations

Certaines situations stressantes (divorce ou séparation des parents, conflits avec les parents, examens, difficultés scolaires, difficultés avec l’enseignant, compétition sportive, voyage d’un des parents pour son emploi, maladie ou blessure de l’enfant, conflits avec les frères et sœurs, intimidation à l’école, changement d’horaire, craintes liées à des situations de la vie quotidienne, etc.) risquent de déclencher les crises. 

Le stress vécu par l’enfant fait baisser son seuil de tolérance à la frustration. Si les sources de stress sont trop nombreuses, l’accumulation de frustrations fera déborder le vase. 

L’anxiété ou la peur peut aussi amener l’enfant à adopter des comportements, comme une crise, pour éviter une situation (par exemple, l’enfant fait une crise avant son départ pour l’école parce qu’il a peur de se faire intimider dans l’autobus).

L’évocation émotionnelle

Il arrive qu’une crise ne soit pas déclenchée par la situation elle-même mais plutôt en raison de la ressemblance entre cette situation et une situation désagréable que l’enfant a déjà vécue et qui lui fait revivre des émotions fortes. 

Par exemple, l’enfant qui fait une crise juste avant l’arrivée d’une nouvelle baby-sitter parce que, la dernière fois qu’il s’est fait garder, la baby-sitter l’avait mis en temps d’arrêt pendant presque toute la période où les parents sont partis.

La colère déplacée

L’enfant qui a vécu pendant la journée un évènement qui l’a mis en colère ou qui l’a frustré sans qu’il puisse se défouler risque de se fâcher pour des évènements anodins par la suite. Il est toujours plus sécurisant d’exprimer sa colère ou ses frustrations devant un proche que devant un étranger.

Le désir d’attention

L’enfant désire avoir l’attention de ses parents et ces derniers lui en donnent lorsqu’il fait une crise. Une attention négative vaut mieux que pas d’attention du tout. De surcroît, l’attention accordée à l’enfant durant la crise a un effet de renforcement, ce qui augmente la probabilité qu’elle survienne de nouveau, l’enfermant ainsi dans un biais cognitif, un cercle vicieux qui ne cesse jamais.

Les facteurs physiologiques

Il est reconnu que des facteurs physiologiques comme la fatigue, la faim, un manque d’exercice ou un niveau particulièrement élevé d’excitation sont un terreau propice à l’éclosion d’une crise, car le seuil de tolérance à la frustration est alors à son plus bas. 

Aussi, pour l’enfant ayant un TDA-H qui n’a pas eu l’occasion de bouger pendant la journée ou qui a dû faire preuve d’un grand contrôle à l’école, il peut être difficile de maintenir ce contrôle à la fin de la journée. 

C’est d’autant plus difficile lorsqu’il est affamé, fatigué, et que son médicament ne fait plus effet. La moindre contrariété peut alors être l’étincelle qui l’enflamme.

Les facteurs psychologiques

Les auto-instructions (monologues intérieurs) négatives que nous nous faisons relativement aux situations problématiques peuvent augmenter la colère ressentie, surtout lorsqu’elles sont basées sur de mauvaises interprétations ou de mauvaises attributions. 

Il arrive même qu’elles déclenchent une crise. Voici quelques exemples d’auto-instructions négatives : 

« Tout le monde est toujours sur mon dos », « Elle m’agace », « Elle me tape sur les nerfs », « Il n’est jamais à son affaire », « Il fait exprès de m’embêter », « Je suis nul », « Je déteste faire ça », « Je déteste », « C’est toujours ma faute », « Elle le fait exprès », « Qu’il est stupide ! ».

Les conséquences négatives de la crise

Lorsque la colère devient extrême ou hors de contrôle, les individus perdent leur maîtrise de soi, leur énergie et leur temps. 

Cela peut entrainer un déséquilibre émotif (se sentir submergé par l’émotion négative, se sentir mal, etc.) des problèmes de concentration (ne pas pouvoir travailler, ne penser qu’à ce qui nous met en colère, etc.), des interférences avec le rendement scolaire (dues aux problèmes de concentration ou aux punitions liées à la perte de contrôle) ainsi que des effets négatifs sur la vie sociale. 

La perte de contrôle peut retarder, voire empêcher la résolution du problème ou de la situation qui a entrainé la crise. 

La perte de contrôle peut constituer un danger tant pour l’individu (se faire mal, s’attirer d’autres problèmes, etc.) que pour ceux qui l’entourent (par exemple, en les blessant) ou pour l’environnement (lancer ou briser des objets).

La perte de contrôle peut également entrainer une cassure au sein des relations avec les membres de l’entourage, soit parce qu’ils ont été blessés psychologiquement, soit parce qu’ils ne veulent pas côtoyer une personne colérique.

Comment prévenir les crises de l’enfant ?

Pour prévenir l’apparition des crises ou diminuer leur gravité, il faut d’abord essayer de déterminer les facteurs qui semblent le plus souvent les déclencher et essayer de mettre en place des moyens de les neutraliser ou de les contourner tout en tenant compte des limites inhérentes au TDA-H. 

Ainsi, si l’enfant fait souvent des crises en rentrant le soir parce qu’il meurt de faim, on pourra lui permettre de prendre une collation pendant que les parents préparent le repas. Permettre à l’enfant de s’isoler dans sa chambre pour se reposer ou se défouler en faisant de l’exercice pourra aussi diminuer les tensions dans certains cas. 

TABLEAU : Des exemples de ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour prévenir les crises

 

 

Comment gérer les crises de l’enfant ?

Malgré les précautions prises et les mesures mises en place pour prévenir les crises, il peut arriver qu’elles surviennent. Que faire lorsque cela se produit ? 

Pour bien gérer les situations de crise, différentes possibilités peuvent être envisagées selon l’appréciation du potentiel de dangerosité de la situation problématique ainsi que l’évolution de la situation de crise. 

La figure ci-dessous présente les différentes phases de la crise. Celles-ci ne sont toutefois pas linéaires. Il se peut, par exemple, qu’après une accalmie momentanée, l’enfant recommence à s’agiter. 

Il faudra chaque fois être sensible aux signes comportementaux de l’enfant qui indiquent la phase de crise et agir en conséquence pour désamorcer l’escalade ou mieux gérer la situation.

PHASE 1 : les signes précurseurs

PHASE 2 : L’engagement ou l’agitation

PHASE 3 : Le refus ou l’accélération

PHASE 4 : Le sommet de la crise ou la perte de contrôle

PHASE 5 : La décompression ou la détente

PHASE 6 : La récupération ou le rétablissement

 

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Céline Lemesle, Psychologue Clinicienne