Article 2 : Maintenir une bonne relation parentale avec son enfant TDA-H

Les recherches ont démontré que le TDAH affecte tant les interactions de l’enfant avec sa famille (parents et fratrie) que la façon dont les parents vont interagir avec lui. 

Les enfants ayant un TDAH parlent plus que les autres enfants, requièrent plus souvent l’attention de leurs parents et leurs demandent plus d’aide, en particulier à leur mère. 

Les parents d’enfants ayant un TDAH font plus de suggestions à leur enfant et plus de commentaires de désapprobation. Ils leur donnent également plus de consignes et d’ordres. Néanmoins, malgré cela, les enfants ayant un TDAH sont moins obéissants, plus négatifs, moins persévérants dans l’accomplissement des tâches imposées par leurs parents. 

Ce haut degré d’interactions parent-enfant, plus souvent négatives que positives, peut être stressant et épuisant pour les parents. Pourtant, maintenir une bonne relation avec son enfant est essentiel, tant pour son bien-être émotionnel que pour l’aider à améliorer ses comportements. 

Sans cette complicité de base, tout recours à des techniques ou à des moyens éducatifs s’avère futile. Il importe donc de sensibiliser les parents à l’importance de cultiver une relation parent-enfant positive et de les aider à trouver des moyens d’y arriver.

L’expression des émotions

Les enfants ayant un TDAH ont souvent  de la difficulté à exprimer verbalement leurs émotions. Cet apprentissage doit commencer à la maison, et les parents doivent agir comme « des modèles » afin d’harmoniser leurs relations.

Les problèmes liés à la difficulté d’exprimer ses émotions

  • Supprimer ou renier une émotion peut créer des problèmes relationnels. Cela risque d’amplifier les conflits présents et de détériorer la relation.
     
  • Supprimer ou renier une émotion peut interférer avec l’évaluation constructive des problèmes interpersonnels et empêcher leur résolution. Les émotions doivent être conscientes, exprimables et maîtrisables.
     
  • Renier une émotion peut conduire à une perception sélective. Si on ne reconnait pas sa colère, on peut percevoir tous les gestes des autres comme hostiles sans reconnaitre les gestes d’amitié.
    Par exemple, un enfant rentre à la maison en jetant son sac par terre. Sa mère lui demande de venir lui parler. L’enfant croit que sa mère est en colère et veut le gronder, alors qu’elle veut seulement savoir ce qui ne va pas.
  • Le jugement risque d’être faussé. Par exemple, l’enfant refuse d’accepter une idée parce qu’elle vient d’une personne qu’il n’aime pas ou accepte une mauvaise idée de quelqu’un qu’il aime.
     
  • Une bataille de pouvoir risque de s’engager si l’expression de l’émotion suggère une demande. Par exemple, le parent dit : « Tu me mets en colère quand tu fais ça » pour dire indirectement « arrêtes  de faire ça. »

Les pièges à éviter lorsqu’on exprime des émotions

Souvent, les émotions sont exprimées de façon indirecte. Ce faisant, la communication peut être brouillée. Pour exprimer clairement ses émotions, on doit éviter plusieurs pièges :
  • Crier des noms, étiqueter ou insulter
    « Tu es sourd » au lieu de « J’ai l’impression que tu ne m’écoutes pas, ça me frustre. »
    « Tu n’es pas correct » au lieu de « Je n’aime pas ce que tu fais. »
     
  • Commander ou donner des ordres 
    « Tais-toi ! » au lieu de «  Ca me blesse, ce que tu viens de me dire. »
     
  • Questionner
    « Qu’est-ce que tu fais avec XXX ? » au lieu de  « Je suis inquiète de te voir avec un gars qui a toujours des problèmes en classe. »
     
  • Accuser
    « Tu es toujours sur mon dos » au lieu de « Je n’aime pas que tu m’accuses sans avoir pris le temps d’écouter mon point de vue. »
     
  • Ironiser
    « Je suis contente que tu arrives à temps ! » au lieu de « Je suis fâchée que tu sois en retard. A cause de ça, on n’a pas encore commencé à travailler et cela m’irrite. »

Bien exprimer ses émotions

L’expression correcte de nos émotions nous aide à entamer un dialogue qui va améliorer la relation. Pour que les autres réagissent correctement à nos émotions, ils doivent d’abord savoir quelles sont ces émotions. Le tableau suivantant présente une façon de bien exprimer ses émotions, aussi appelée « le message JE ». Cette façon d’exprimer des émotions sera utile tant pour les parents que pour les enfants.

Il est plus difficile de bien exprimer ses émotions lorsque celles-ci sont intenses, surtout s’il s’agit d’émotions négatives comme la frustration ou la colère. Il est parfois préférable, tant pour le parent que pour l’enfant, de réduire d’abord les tensions physiques et psychologiques liées aux émotions négatives avant de réagir verbalement.

Message JE :

 

Quand…

Je décris la situation ou le contexte qui provoque l’émotion.
(« J’ai été prise dans un bouchon sur la route pendant une heure », « J’ai eu une mauvaise journée au travail. »)
 

 

Je me sens…

Je nomme l’émotion vécue ou je décris comment je me sens en utilisant le « je ».
(« Je me sens irritable », « Je n’ai plus aucune énergie, je me sens vidée », « je me sens impatiente. »
 

 

 

Parce que…

J’explique pourquoi je me sens ainsi.
(« … parce que je suis fatiguée », « … parce que je n’aime pas que l’on me demande quelque chose aussitôt que j’arrive. »)
 

 

 

J’aimerais…

Je précise ce que je souhaiterais pour me sentir bien.
(« J’aimerais que tu me laisses tranquille au moins cinq minutes. »)
 

« Quand je reviens du travail, je me sens impatiente, parce que je suis fatiguée. J’ai besoin qu’on me laisse tranquille pendant 5 minutes. »

Etre à l’écoute de l’enfant

Beaucoup d’enfants ayant un TDAH, surtout ceux qui sont impulsifs, éprouvent des difficultés à exprimer correctement leurs émotions. Lorsqu’ils se sentent tristes, anxieux, frustrés ou en colère, plutôt que de s’enfermer ou de s’isoler, ils ont tendance à réagir par des comportements peu adaptés (claquer une porte, faire une crise, bouger davantage, etc.). 

Pour contrer cette tendance et faciliter l’expression de ces émotions, le parent doit aller vers l’enfant et mettre en place des conditions qui faciliteront les confidences : 

  • L’enfant se confiera plus facilement si la discussion se déroule dans un endroit propice aux confidences et à un moment approprié où le parent et l’enfant sont disponibles pour s’exprimer ou s’écouter (quand la crise est passée, quand il n’y a pas d’urgence à remplir, etc.). 
     
  • L’adulte peut l’inciter à s’épancher en ouvrant des pistes de discussion (« Ça n’a pas l’air d’aller, qu’est-ce qui se passe ? Viens t’assoir près de moi pour qu’on en parle… »). 
     
  • Pour montrer à l’enfant qu’il l’écoute attentivement ou qu’il essaie vraiment de le comprendre, le parent peut faire le reflet de l’émotion exprimée (« Tu as l’air déçu que ton ami ne veuille pas venir jouer à la maison ») ou le reflet du contenu (« Tu penses qu’il ne veut pas venir jouer avec toi parce qu’il préfère aller jouer avec un autre enfant ? »). 
     
  • Quand les émotions de l’enfant ne sont pas claires ou qu’il ne voit pas bien pourquoi il se sent ainsi, le parent l’aider en reformulant dans ses propres mots ce que l’enfant a dit : »Tu sens que… », « Tu penses que… », « Si j’ai bien compris, tu as peur qu’il ne soit plus ton meilleur ami ». La reformulation permet au parent de vérifier que le message est bien capté. Elle l’aide à voir les idées et les émotions qui sont exprimées par l’enfant et montre à ce dernier qu’il a compris son message. 

Si quelqu’un se sent compris, même si l’on ne partage pas son point de vue, il sera plus enclin à écouter le point de vue des autres. Inversement, quand quelqu’un se sent incompris, il revient à la charge, durcit sa position et peut devenir agressif. A partir de ce moment, l’échange risque de tourner en rond. 

Si les émotions négatives sont liées à une situation problématique, le parent ne doit pas faire sentir à l’enfant qu’il a toutes les solutions. Il peut proposer son aide et orienter l’enfant, mais il doit le laisser trouver lui-même les solutions à son problème.

La mauvaise écoute peut nuire à la qualité d’une relation parent-enfant. Elle peut conduire à de mauvaises perceptions de la situation et provoquer des conflits. Quand un parent n’écoute pas bien son enfant, ce dernier peut penser que le parent n’accorde pas d’importance à ce qu’il dit ou ne veut pas comprendre son point de vue.

Les problèmes d’écoute à éviter

Voici les principaux problèmes d’écoute :

  • Être si préoccupé par ses propres problèmes qu’on n’est pas attentif à ce que l’autre dit. Par exemple, le parent qui continue de préparer le repas pendant que l’enfant raconte un évènement qui lui a fait de la peine. C’est une question d’empathie.
     
  • Être trop intéressé par ce que l’on veut dire ou par ce que l’on dit. On se prépare à répondre pendant que l’enfant parle ou ne l’écoute que pour trouver le moment de glisser sa réplique.
     
  • Essayer de lire dans les pensées de l’autre. Etre si sûr de ce que l’autre va dire qu’on déforme ses propos pour les faire correspondre à ceux auxquels on s’attend. Si l’on s’attend à ce que l’autre ne nous aime pas, on sera attentif à tout ce qui peut être un signe d’hostilité, et vice versa si l’on croit que cette personne nous aime. C’est aussi croire que l’on sait ce que l’autre pense, au lieu de le lui demander.
     
  • Ecouter en jugeant ou en évaluant l’autre, ce qui met son interlocuteur sur ses gardes et sur la défensive. Cette attitude peut amener l’enfant à croire que le parent le considère comme incompétent et peut engendrer de l’agressivité (si l’enfant refuse le jugement) ou de la dévalorisation de soi (si l’enfant accepte le jugement).
     
  • Ne pas lire entre les lignes. Par exemple, l’enfant dit qu’il a un devoir urgent à faire, mais le parent continue de vouloir parler d’une situation problématique
     
  • Ne pas lire le langage non verbal. Par exemple, l’enfant regarde sa montre en montrant des signes d’impatience parce qu’il a une sortie, mais le parent continue à lui parler.
     
  • Manquer de confiance en son interlocuteur. « Qu’est-ce qu’il cache ? » Poser des questions pour piéger l’enfant : « Qu’est-ce que tu as fait cet après-midi ? »
     
  • Donner des conseils ou présenter des solutions. « Ce que je ferais si j’étais à ta place… », « Pourquoi ne pas… »
     
  • Faire la morale, créer un sentiment d’obligation ou de culpabilité. « Si tu m’aimais, tu… »
     
  • Dominer la conversation. Etre un vrai moulin à parole
     
  • Interrompre l’autre souvent. Lui couper la parole, sans lui permettre de terminer ses phrases.
     
  • Montrer par des gestes, une attitude ou des paroles qu’on n’écoute pas. Par exemple, ne pas regarder l’autre quand il nous parle ou faire autre chose en même temps.
     
  • Ne pas prendre au sérieux les propose de l’enfant. Il faut prendre les propos de l’enfant au sérieux, même si le problème semble mineur pour le parent car pour l’enfant il s’agit d’un problème important.
     
  • Penser au pire. Il faut garder l’esprit ouvert et ne pas sauter aux conclusions

Les comportements associés à une bonne écoute

Plusieurs comportements sont associés à une bonne écoute : 

  • Ecouter attentivement pour essayer de comprendre ce que son interlocuteur veut dire. Il faut essayer de se mettre à la place de l’enfant. On peut lui poser des questions pour éclaircir ce que l’on ne comprend pas, sans l’interrompre trop souvent. On peut répéter dans ses propres mots (reformuler) ce que l’autre dit pour s’assurer qu’on a bien compris.
     
  • Prêter attention au langage non verbal. Le message se révèle dans le ton de la voix, l’expression du visage, la position du corps, les gestes, etc.
     
  • Etre toujours très patient. Il ne faut pas écouter plus vite que l’enfant parle. Il faut le suivre, respecter son rythme et ne pas essayer de le devancer.
     
  • Se montrer intéressé. On peut se montrer intéressé en acquiesçant d’un signe de la tête ou par une brève réplique (« OK », « Hum ! », etc.) On démontre également son intérêt lorsqu’on regarde son interlocuteur et qu’on ne fait rien d’autre en même temps.
     
  • Elucider tout malentendu au début de la conversation. Par exemple, si le parent croit que l’enfant a mal compris un de ses commentaires et que cela lui a fait de la peine, lui expliquer dès le début de la conversation ce qu’il voulait dire.
     
  • Parler en son nom et non au nom des autres. Il est préférable de prendre la responsabilité de ses pensées, de ses observations et de ses émotions. Plus on parle pour soi-même, plus les messages sont clairs. Eviter de parler en général, d’utiliser des expressions comme « tout le monde », « certains ». Par exemple, au lieu de dire : « Tous les parents veulent que leurs enfants réussissent à l’école » dire : « C’est important pour moi que tu réussisses à l’école ».

 

Céline Lemesle, Psychologue Clinicienne