La dépression Post-Partum: une mise à l'épreuve du lien mère/bébé

Pourquoi certaines mères souffrent de Dépression Post-Partum (DPP) ?

              Le temps de la grossesse provoque incontestablement de forts réaménagements identitaires. Pour des mères qui ont vécu de façon valorisante le temps de la grossesse, cette grossesse est venue combler certaines de leurs fragilités personnelles. La naissance représente alors une nouvelle perte, se faisant le lit de mouvements dépressifs. 

               Par ailleurs, la femme enceinte peut parfois investir son enfant de l'intérieur avec un plaisir particulier, ce bébé étant perçu comme un compagnon interne presque symbiotique et très gratifiant. C'est comme si le bébé pouvait vivre les choses avec elle, penser comme elle...devenant un véritable double de soi. A sa naissance, le bébé « imaginé » et qui arrive à l'extérieur s'impose dans la réalité à cette maman. Il est peut être moins malléable que dans la représentation idéale de la maman et cela est vécu comme une perte de cet enfant fantasmé (enfant de l'intérieur). 

               La plupart des femmes enceintes ont bien des difficultés à accepter d'éprouver des sentiments ambivalents à l'égard de leur enfant à venir. Pourtant, Winnicott a décrit les 23 raisons pouvant générer des mouvements moins heureux à l'égard du bébé, entre autre les difficultés somatiques provoquées par la grossesse, les modifications corporelles, la prise de poids, la moindre efficacité professionnelle... puis une fois le bébé-né : les petites nuits, le sentiment de n'être pas capable de répondre à ses besoins, la restriction des sorties, les réaménagements au sein du couple.... Autant de raisons pouvant justifier chez la maman une certaine hostilité vis-à-vis de son bébé. 

               Il est rare que les mamans tolèrent ce sentiment d'ambivalence en elle, c'est à dire éprouver des sentiments partagés pour ce bébé (40 % de rejet contre 60% d'amour, disait Winnicott). Lorsque la maman découvre son bébé et établit progressivement un lien avec lui, ces mouvements d'agressivité peuvent naturellement s'élaborer et se voir contrebalancés par les mouvements d'attention, de tendresse et d'amour prodigués à l'enfant. Cette acceptation de l'ambivalence permet dans le même temps à la jeune maman de concéder à cet enfant réel qu'il n'est pas cet enfant idéal qu'elle avait imaginé, car il pleure, met parfois en déroute et dans l'impuissance. Ce n'est pas si grave au fond, et le temps se charge de faire progresser cette représentation de l'enfant-idéal vers cet autre : lui étant bien Réel et dès lors plus distancié de sa mère. Ce sont précisément ces mécanismes psychologiques enclenchés par le concours de cette ambivalence entre amour et hostilité vis-à-vis du bébé qui permettent à la maman de le laisser grandir, puis de s'éloigner progressivement d'elle. 

               Dans certains contextes moins heureux et plus fragilisants, le bébé est perçu comme inquiétant, effrayant, il est éprouvé par sa mère comme étant un « mauvais bébé » ; entendons par là, la sensation d'avoir été soi même un « mauvais bébé » vis-à-vis de ses propres parents. 

               Dans d'autres cas, la jeune maman peut développer une certaine culpabilité vis à vis de son enfant. Elle a l'impression que son hostilité a pu affecter son bébé. Ce sentiment coupable vient alimenter le socle dépressif : de petits incidents sans gravité réelle prennent alors des proportions très importantes pour la mère. Cette culpabilité arrive sur le devant de la scène et à la réédition de l'histoire de la grossesse, la maman se souvient qu'il y avait eu une hésitation quant au désir de poursuivre cette grossesse, laissant une trace négative, une ombre au tableau de la maternité. 

               D'autres maman peuvent développer un sentiment de rage, de rivalité vis à vis de ses devoirs et tâches qu'elle « se doit de consacrer » à ce bébé si vulnérable et dépendant d'elle.  La jeune mère ne trouve pas de satisfaction dans ces soins quotidiens maternels, puisque ce qui prévaut est un sentiment de devoir et non de plaisir. Le bébé continue à avoir besoin d'elle, et pourra se montrer d'autant plus exigent avec elle qu'il pressent les ressorts de cette relation. En l'appelant à elle, il la sollicite dans sa fonction maternelle, la lui rappelant pour qu'elle ne lâche pas prise. Mais de là, la jeune mère peut éprouver un sentiment d'incompétence qui va s'inscrire dans un cercle vicieux d'absence de satisfaction réciproque entre la mère et son bébé. 

Comment ces bébés réagissent ils face à la dépression maternelle?

               La célèbre expérience du « Still face ou visage impassible de la mère » a permis de mettre en évidence les réactions du jeune enfant confronté à cette situation. Ce dispositif expérimental reste assez proche de ce que les bébés éprouvent et manifestent vis-à-vis de leur mère déprimée. 

               Dans les premiers temps, le bébé déploie tout son arsenal de séduction pour attirer l'attention de sa mère, par le concours de vocalises, de sourires, de petits cris...). 

               Le deuxième temps ouvre sur un risque de désorganisation pour le bébé qui se met à pleurer, à crier. 

               Et le troisième temps est celui du désengagement : le bébé confronté à son échec ne tente plus de signaler sa présence auprès de sa mère, il s'en détourne. Il peut développer un évitement du regard aussi. 

               Dans le quotidien, tous les bébés éprouvent ces frustrations relationnelles à minima, car leur mère ne peut pas répondre à toutes leurs demandes simultanément et tout le temps, et encore davantage à l'arrivée d'un second, d'un troisième enfant... Toutefois, ces impossibilités « matérielles » d'être constamment en lien avec son bébé diffère des modalités de lien qu'initie une maman déprimée. Car cette dernière ne peut jamais répondre aux signaux de son bébé. Le risque pour le bébé est alors le retrait et parfois la dépression au même titre que sa mère. 

Les modalités réactionnelles des mères sont assez différentes, certaines vont maintenir une manière de s'occuper de leur bébé de façon opératoire, sans être en capacité de déployer de l'affect vis-à-vis de lui, d'autres vont être plus déroutées par leur problématique dépressive, et se replier sur elle-même au détriment de la stimulation de leur enfant. Face à cette catastrophe de dépression maternelle, le bébé cherche à s'en défendre de multiples façons : 

- le bébé peut renoncer à sa mère pour s'en protéger ce qui s'avère dangereux pour son développement, 

- le bébé peut s'identifier en miroir à sa mère déprimée en faisant comme elle, 

- le jeune enfant peut incriminer son père du changement relationnel qu'il entrevoie chez sa mère afin d'éviter de s'en rendre coupable lui-même, 

- le bébé peut enfin s'identifier à l'objet du deuil de sa mère et la soutenir indirectement vis-à-vis de ce à quoi elle n'est pas en mesure de renoncer (deuil périnatal précédent par exemple, certains bébés somatisent massivement et emprunte des supports similaires à l'histoire du bébé précédent décédé : vomissement, pâleur.... 

               Finalement, ces jeunes enfants lorsqu'ils sont âgés de 18 mois à 5 ans peuvent avoir tendance à développer davantage de troubles psychosomatiques (troubles du sommeil, de l'alimentation précoce, des difficultés de séparation). 

Comment prévenir et accompagner cette souffrance psychique pour la mère et son bébé ?

               Le rôle attendu du papa n'est pas toujours évident. Certains pères se montrent soutenants sous couvert que la mère accepte cette aide. Car ce soutien, à défaut de l'étayer peut souligner auprès de cette mère déprimée son incompétence, renforçant alors son sentiment de dévalorisation et de mise à l'écart vis-à-vis du duo père/bébé. 

               Si ces problématiques sont abordées précocement durant la grossesse et juste après l'accouchement, les professionnels peuvent espérer que cet espace de parole ait une fonction protectrice pour le devenir relationnel mère/bébé. 

               Au contraire, si ces idées restent enfouies chez la mère, cette dernière ne laissant pas de place à cette ambivalence normale vis-à-vis de son bébé, c'est comme si la maman ne pouvait pas s'autoriser à penser la moindre chose négative à l'égard de son enfant qui pourtant la réveille, l'empêche de sortir... Apparait alors ce retournement de l'agressivité contre elle-même (sentiment de culpabilité), devenant le cœur de cette dynamique de la Dépression Post - Partum. 

               Enfin et depuis peu, la consultation du 4ème mois de grossesse est envisagée de façon individuelle et a pour but de travailler sur le registre de la parentalité. La sage femme référente a pour mission de proposer une aide si besoin. Dans tous les cas, la dynamique de la grossesse permet d'envisager des adaptations thérapeutiques pour ces femmes, mères en devenir. 

"Finalement, les parents qui viennent en consultation sont déjà de bons parents, parce que ce sont des parents qui sont capables de venir chercher de l'aide quand quelque chose ne va pas..." Rosine DEBRAY.

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Céline Bidon-Lemesle, Psychologue Clinicienne, Thérapeute Familiale, Formatrice.