L'encoprésie dans tous ses états...

Qu'est ce que l'encoprésie ?

encopresieL'encoprésie plus communément appelée « caca dans la culotte », contrairement à l'énurésie (pipi dans la culotte) est un acte volontaire de rétention des selles, et ce alors que l'enfant est en mesure d'être propre. Dans des formes sévères, elle peut conduire au fécalome. Ce n'est pas un trouble grave du développement de l'enfant, il a pour fonction d'alerter sur les inquiétudes psychologiques de l'enfant. L'enfant est alors âgé de 4 ans et plus, c'est la pleine période du « caca boudin ». L'enfant, contrairement à l'énurésie (pipi au lit), utilise consciemment ses selles pour souiller son corps et dans des situations plus inquiétantes son environnement « affectif » (par exemple ses jouets). Il s'agit plus fréquemment du petit garçon que de la fille. 

Quand l'enfant est il capable de devenir propre ?

Le contrôle des sphincters (être en mesure physiologiquement de retenir ses urines et ses selles) s'acquière généralement entre 2 et 3 ans et plus spécifiquement l'été précédant l'entrée en maternelle. Pour être capable de maitriser cette fonction, l'enfant doit montrer plusieurs signes : 

  • disposer d'une maturité physiologique suffisante (être âgé d'au moins deux ans)
  • savoir monter et descendre les marches seul, sans aide
  • connaitre les parties de son corps et leur fonctionnalité (se représenter son corps dans sa tête)
  • avoir la motivation psychologique et affective (vouloir devenir grand), ne plus être en opposition.

Comment reconnaitre un enfant encoprétique ?

L'enfant présente une encoprésie lorsqu'il : 

  • est âgé de plus de quatre ans
  • justifie cette situation en disant qu'on l'a empêché d'aller aux toilettes

Lorsqu'il dit par exemple que : 

  • les toilettes étaient sales
  • il n'a pas pu se retenir et ne s'est pas rendu compte
  • qu'il était en train de jouer...

Que signifie psychologiquement ce symptôme de l'encoprésie ?

L'encoprésie qui perdure, malgré un contrôle sphinctérien déjà acquis, est un symptôme intéressant d'un point de vue symbolique : il traduit cette notion fondamentale de lien à l'autre. En d'autres termes, « plus je t'attaque (par les selles), plus tu t'intéresses à moi », l'enfant recherche ainsi par le négatif à attirer l'attention sur lui. L'encoprésie peut également traduire une angoisse de séparation. 

Ne pas être en mesure de retenir ce qui sort de son propre corps, c'est avoir des difficultés à accepter de se séparer de ce qui provient de soi mais aussi de l'autre (la personne référente affective de l'enfant). La base de l'autonomie et la socialisation c'est savoir se séparer de ses matières fécales, au même titre que l'interdit de l'inceste et du parricide (cf. théorie Freudienne)... 

Quelles évolutions possibles de l'encoprésie ?

Après l'âge de 9 ans, correspondant à la pleine période de latence (intégration des lois et interdits sociétaux), l'enfant encoprétique peut avoir tendance à éprouver une dissociabilité : cette problématique conduira l'enfant à se faire rejeter des copains, à créer un malaise vis-à-vis des autres, à être « traité de bébé... », parasitant le développement de la confiance et de l'estime de soi chez l'enfant. Ultérieurement, cette asociabilité éprouvée de part ce symptôme envahissant est susceptible de déboucher à l'âge adulte sur des conduites limites, de défiances inadaptées vis-à-vis de la société, positionnant l'adulte dans un mouvement contre, par la Négative. Il est dès lors très important que l'enfant soi suivi le plus tôt possible pour ce qui devient un trouble de la socialisation. « Car être propre c'est maitriser ce qui sort de moi et conduit à respecter et me faire respecter d'autrui ». 

Quels traitements pour l'encoprésie ?

Certains traitements pour l'encoprésie autres que médicamenteux sont importants à explorer : 

  • Ne plus lui mettre de couche fin de le responsabiliser et de rendre visible le symptôme auprès de l'enfant,
  • Le responsabiliser en participant au nettoyage des vêtements, de son corps et de ses jouets..., 
  • Proposer une psychothérapie classique ou d'autres types de médiations thérapeutiques corporelles (relaxation, sophrologie, psychomotricité...),
  • Envoyer l'enfant en colonie pour l'aider à se séparer et à vaincre sa peur pour finalement devenir autonome, 
  • Si ces interventions ne suffisent pas, certains lieux spécialisés hospitaliers (secteur infanto-juvénile) peuvent accueillir pendant plusieurs semaines l'enfant pour traiter cette difficulté. 

Réponses à vos Témoignages

Je lis beaucoup de témoignages évoquant du suivi individualisé que ce soit au niveau médical et psychologique pour vos enfants jeunes ou moins jeunes, or l'encoprésie procède généralement d'une rencontre entre plusieurs facteurs: 

  • la personnalité de l'enfant (en recherche de contrôle, ayant du mal à exprimer ses émotions et retenant l'agressivité en lui), d'où la rétention des selles et le contrôle sphinctérien.

  • une problématique non reconnue par l'enfant lui-même et ou sa famille (déniée) qui fait écho au déni de l'encoprésie chez l'enfant (en miroir), cela peut être en lien avec un divorce, une situation scolaire, une précocité intellectuelle, une rivalité... 

  • Et la dynamique familiale, c'est à dire la façon dont le lien s'est tissé entre chaque membre dans l'environnement de la vie affective et quotidienne. 

Traiter le symptôme de façon individuelle est donc inefficace, il est à mon sens nécessaire d'entreprendre en plus d'un suivi individuel un travail psychologique familial. 

Non seulement pour que l'enfant ne soit plus le sujet symptomatique unique et central qui accentue la culpabilité et rigidifie le déni pour l'en protéger, mais aussi pour défaire / dénoncer les liens pathologiques entre chacun des protagonistes familiaux. La mise en lumière de cette dynamique fera alors sens à toute la famille et permettra de renouer le dialogue.

La prise en charge de l'encoprésie dans une famille est longue car les bénéfices secondaires sont très forts et basés le plus souvent sur des fonctionnements rigides (obsessionnels), chez l'enfant comme chez les adultes qui l'entourent. 
Il faut donc accepter de se remettre en question et d'ouvrir la question de façon plus large.

Bon courage à tous. 

Céline BIDON-LEMESLE
Psychologue Clinicienne, Thérapeute Familiale, Formatrice