EMDR et Brainspotting : deux chemins complémentaires pour accompagner le cerveau dans sa capacité naturelle de guérison (enfant ado adulte)

 

Votre coeur balance entre l'Emdr et le Brainspotting

Il est fréquent que les personnes qui viennent consulter me demandent quelle est la différence entre l’EMDR et le Brainspotting.

Cette question est légitime. Ces deux approches sont souvent présentées comme des thérapies du traumatisme, laissant parfois penser qu’il faudrait choisir la « meilleure » ou qu’elles poursuivent des objectifs différents.

Bien que ces techniques se pratiquent différemment, elles reposent sur une même idée fondamentale : le pyschisme dispose de compétences qui  lui sont propres pour garantir son équilibre et guérir, à condition que les conditions favorables à cette réparation puissent être réunies. 

Et ces conditions reposent notamment sur la stabilisation et régulation des émotions du patient, une confiance dans le lien thérapeutique et des techniques suffisamment comprises et adaptées aux besoins du patient.

Le rôle du thérapeute n’est pas de « réparer » le cerveau. Il consiste à accompagner le processus du patient lorsqu’il a été interrompu et à lui montrer comment relancer « le disque rayé » en lui proposant une nouvelle piste pour réécouter pleinement et harmonieusement sa musique. 
 

Quand le temps semble s’arrêter…

Nous traversons tous des événements difficiles au cours de notre vie. La plupart du temps, notre cerveau parvient progressivement à les intégrer. Ils deviennent des souvenirs. Nous pouvons y repenser sans que notre corps ait le sentiment de revivre le danger, puisqu’ils ont été archivés et font maintenant partie de notre histoire.

Mais il arrive que certaines expériences soient trop soudaines, trop violentes, répétées ou surviennent à un moment où nos ressources sont insuffisantes. Le cerveau interrompt alors son travail de traitement.

Tel un cerf figé dans les phares d’une voiture, il reste bloqué dans cette dernière fraction de seconde où tout son organisme se prépare à survivre.

Alors que l’événement appartient au passé, le système nerveux, lui, continue à réagir comme si le danger était encore présent. Il reste inscrit dans nos réseaux de mémoire avec les émotions, les sensations corporelles, les croyances et les réactions physiologiques présentes au moment où il s’est produit.

C’est pourquoi, parfois plusieurs années après, une situation pourtant anodine — un regard, une odeur, un bruit, un lieu ou une sensation — que l’on appelle un déclencheur — peut réactiver une peur intense, une profonde tristesse, une colère disproportionnée ou un sentiment d’insécurité difficile à expliquer.


Les neurosciences nous montrent aujourd’hui que ces expériences ne sont pas uniquement stockées sous forme de souvenirs conscients. Elles sont également inscrites dans notre système nerveux, notre mémoire émotionnelle et notre mémoire corporelle.

À ce sujet, la théorie polyvagale développée par Stephen Porges apporte un éclairage particulièrement intéressant. Elle décrit comment notre système nerveux autonome évalue en permanence, souvent en dehors de notre conscience, si notre environnement est sécurisant ou menaçant. Lorsqu’une expérience dépasse nos capacités d’adaptation, cette perception de sécurité peut rester durablement perturbée. Notre organisme continue alors parfois à fonctionner selon un mode de protection initié par notre cerveau archaïque, et ce, bien que le danger ait disparu.

Cette vision rejoint celle du psychiatre Bessel van der Kolk, auteur de Le corps n’oublie rien. Il montre combien certaines expériences traumatiques peuvent continuer à s’exprimer à travers le corps bien après les événements eux-mêmes. Une tension persistante, une vigilance permanente, des douleurs inexpliquées, un sentiment diffus d’insécurité ou, au contraire, une impression d’être figé ou déconnecté de soi peuvent traduire un système nerveux qui n’a pas encore retrouvé son équilibre.

Ana Gomez nous raconte également en formation sur l’Approche multimodale de la thérapie EMDR avec les enfants souffrant de traumatismes complexes, combien notre cerveau diffère de celui des autres mammifères. Nous n’avons en effet jamais vu un lièvre poursuivi par un renard et se réfugiant dans son terrier à vie sans jamais plus en ressortir parce qu’il souffre d’un traumatisme de stress post traumatique !

Il semblerait que les mammifères, contrairement aux humains, disposent de capacités auto-régulatrices naturelles pour faire face aux nombreux événements adverses qu’ils traversent dans leur vie. 


Les empruntes corporelles traumatiques 

Ce travail d’auto régulation ayant été interrompu brutalement pour la personne, son corps n’est plus un simple témoin de la souffrance. Il devient un véritable partenaire du processus thérapeutique.

Il indique souvent au thérapeute et à la personne elle-même ce que le cerveau est en train d’intégrer, parfois bien avant que des mots ne puissent formaliser cette expérience.

C’est précisément là que l’EMDR et le Brainspotting trouvent tout leur sens.

L’EMDR et le Brainspotting ne demandent pas au cerveau de faire quelque chose qu’il ne saurait pas faire. Ces techniques issues des capacités d’auto-résilience du cerveau lui même, l’aident à reprendre un travail qu’il ne parvient pas à terminer seul.

Alors qu’un ours, poursuivi par une équipe de vétérinaire, va prendre la fuite, le cortisol monte à son cerveau et commande à son cœur de s’accélérer brutalement pour répondre au danger. Lorsque l’anesthésie l’arrête dans sa course, le temps que les soigneurs prodiguent ses soins à l’animal, l’ours est endormi mais son cerveau reptilien est toujours actif. À son réveil progressif, les pattes de l’ours continuerons à courir dans le vide, jusqu’à l’évacuation totale du cortisol encore présent dans tout son corps. L’ours se relève ensuite paisiblement, auto-régulé naturellement par son système polyvagal, ce que l’être humain n’est pas toujours en capacité de réaliser seul. 

C’est pour cette raison que les techniques d’auto-régulation (cohérence cardiaque, yoga, gymnastique douce, sophrologie, techniques de visualisation mentale …) sont proposées au patient dans un premier temps thérapeutique : afin d’apprendre au système nerveux à retrouver son calme intérieur, ou autrement dit une position ventrale. 


Le corps du patient apparaît ainsi comme un véritable guide qu’il convient de décrypter : une respiration qui change, un relâchement musculaire, des larmes, un bâillement, des frissons, une sensation de chaleur, des yeux qui clignent fréquemment ou au contraire qui se figent… autant de manifestations qui témoignent souvent du travail silencieux réalisé par le système nerveux. 

Car le cerveau parle souvent une langue plus archaïque et corporelle avant de pouvoir mettre des mots sur ce qu’il traverse.
 

Le vase brisé et les pièces oubliées de notre maison intérieure

 

Notre maison intérieure reflète notre histoire

 

J’aime utiliser une image pour expliquer ce travail. J’imagine que chacun de nous habite une maison. Cette maison représente notre identité. Elle est unique.

Ses fondations correspondent aux premières expériences de sécurité, d’attachement affectif et de confiance que nous avons connues.

Ses murs portent peu à peu les croyances que nous construisons sur nous-mêmes et sur le monde, positives comme négatives. Ses fenêtres représentent notre manière de regarder la vie. Ses portes symbolisent notre capacité à entrer en relation avec les autres. 

Certaines pièces sont baignées de lumière. D’autres restent parfois fermées depuis longtemps.

Il existe aussi une cave. Personne n’y descend tous les jours. Pourtant, elle contient souvent une partie importante de notre histoire émotionnelle et corporelle.

Chaque expérience de vie vient laisser une trace dans cette maison. La plupart enrichissent notre histoire. Certaines, en revanche, fragilisent progressivement son équilibre.


Des portes fermées depuis si longtemps

Il nous arrive alors de fermer la porte de certaines pièces. Non pas parce que ce qu’elles contiennent a disparu, mais simplement parce qu’il est devenu trop difficile d’y entrer. Nous cessons parfois d’y penser consciemment. Pourtant, la maison, elle, continue de s’en souvenir. Les fondations portent toujours leur poids. Les murs gardent parfois les fissures laissées par les intempéries. Les odeurs persistent. Une fine poussière continue de s’accumuler derrière la porte close.

Notre monde intérieur fonctionne souvent de la même manière. Ce qui n’est plus présent à notre conscience ne disparaît pas nécessairement de notre système nerveux. 

Cette idée rejoint les travaux du psychiatre Bessel van der Kolk, auteur de Le corps n’oublie rien. Il montre combien certaines expériences continuent de vivre dans le cerveau et dans le corps, bien après les événements eux-mêmes. 
Elles peuvent encore influencer notre façon de ressentir, de réagir, d’entrer en relation ou de nous percevoir, alors même que nous ne faisons plus le lien avec leur origine.

Voici probablement aussi la raison pour laquelle certaines personnes ressentent une fatigue chronique. Laisser les portes fermées demande de l’énergie pour éviter que les trauma ne s’en échappent. 

L’EMDR et le Brainspotting ne cherchent pas à forcer l’ouverture de ces portes. Ils permettent au cerveau de les rouvrir progressivement, uniquement lorsqu’il dispose des ressources suffisantes pour le faire en toute sécurité.


Le vase brisé : une blessure qui porte un nom

Il arrive qu’un événement précis bouleverse notre maison. Imaginons un magnifique vase posé depuis des années sur une petite table du salon. 


Un jour, un choc survient. Le vase tombe. Il se brise. Les morceaux sont éparpillés sur le parquet. Nous savons où cela s’est produit. Nous pouvons observer chaque éclat de verre. Faire doucement le tour de la scène. Comprendre ce qui s’est passé.

Avec l’EMDR, je travaille souvent de cette manière. Nous identifions avec le patient une cible précise : un accident, une agression, un deuil, une humiliation, une scène particulière ou tout autre souvenir clairement repérable. 

En appliquant le Protocole en 8 phases proposé par Francine Shapiro en 1995 dans la première édition de son ouvrage de référence Eye Movement Desensitization and Reprocessing: Basic Principles, Protocols, and Procedures, le cerveau reprend progressivement son travail d’intégration. Il rassemble les fragments. Il redonne du sens à ce qui avait été figé. Le vase ne disparaît pas. Il fait toujours partie de l’histoire de la maison. Mais il ne reste plus au sol à blesser celui qui traverse la pièce.


Quand toute la maison porte les traces du temps

Lorsque je propose du Brainspotting, nous ne recherchons pas nécessairement avec le patient un objet cassé. 

Certaines fois, les problématiques sont différentes. La personne entre dans sa maison et bien que rien ne paraisse endommagé, elle sent bien que quelque chose ne va pas, sans véritablement en connaître, ou trouver, l’origine précise. 

Les volets sont restés fermés depuis longtemps. Une fine poussière recouvre les meubles. Certaines pièces semblent lourdes chargées émotionnellement d’une pesanteur sans qu’elle ne sache pour quelle raison. 

Les murs portent les traces discrètes laissées par les années. Quelques fissures sont apparues. L’air circule moins bien. La lumière peine parfois à entrer. Ces patients ont souvent du mal à trouver leur souffrance légitime. Elle n’est pas très évidente à expliciter ni à se représenter. 

C’est la raison pour laquelle je leur propose souvent une belle image de ce phénomène que nous propose la nature.

Une roche ne se creuse pas toujours sous l’impact spectaculaire d’une seule pierre. Il suffit parfois de milliers de gouttes d’eau tombant, jour après jour, exactement au même endroit. Année après année, elles finissent par creuser une cavité profonde.

À priori, aucune goutte ne semblait assez puissante pour transformer la roche.
Pourtant, leur répétition en a profondément modifié la structure.

Notre cerveau et notre système nerveux ne fonctionnent pas toujours de façon comparable face à l'adversité de la vie. Certaines personnes ont vécu un événement traumatique unique, clairement identifiable.

D’autres ont été exposées à une multitude de microtraumatismes : des troubles de l’attachement, des négligences émotionnelles, le sentiment d’être invisible, des humiliations répétées, un manque de sécurité affective ou l’absence de reconnaissance de leurs besoins durant l’enfance.

Pris isolément, chacun de ces événements peut sembler anodin. Mais leur accumulation, parfois quotidienne pendant des années, laisse des traces profondes dans le développement du cerveau, du système nerveux et dans la manière dont la personne apprend à se percevoir, à percevoir les autres et à percevoir le monde.

À l’image de notre maison intérieure, ce n’est alors plus seulement une pièce qui porte les marques du passé. C’est parfois toute la maison qui s’est progressivement adaptée pour continuer à tenir debout.

C’est dans ce contexte que je propose plus naturellement le Brainspotting.

 

Faites confiance à votre cerveau, il sait où il va...

Le thérapeute n’entre pas dans cette maison pour la transformer à la place de son propriétaire. Il l’accompagne simplement pendant que celui-ci rallume progressivement les lumières. 

Le thérapeute fait confiance à l’intelligence du cerveau et du système nerveux pour aller, au bon moment, là où un travail est possible. 

Parfois, une pièce longtemps restée fermée s’ouvre. Parfois, une fondation devenue fragile se consolide. Parfois encore, il entre simplement un peu plus d’air et de lumière..

Et parfois, il ne fera rien de visible. Pourtant, en silence, quelque chose sera déjà en train de changer.

Lorsque la lumière revient, il devient plus facile de voir ce qui a besoin d’être réparé, consolidé ou simplement remis à sa juste place. Le cerveau retrouve alors progressivement sa capacité naturelle à prendre soin de sa propre maison.

Finalement, le Brainspotting ne demande pas toujours au cerveau : « Que s’est-il passé exactement ? »

Il lui demande plus volontiers : « De quoi as-tu besoin aujourd’hui pour retrouver davantage de liberté ? »

Car le cerveau connaît souvent déjà le chemin. Il attend simplement que les conditions de sécurité soient réunies pour oser rouvrir les portes restées longtemps fermées.
 

Réparer un vase… ou redonner vie à toute la maison ?


 


Le travail de stabilisation et le plan de traitement constituent les deux premières étapes essentielles à la thérapie. 

En pratique, je n’oppose jamais ces deux approches. Lorsque la difficulté est clairement reliée à un événement identifiable, j’utilise préférentiellement l’EMDR.

Lorsque la souffrance est plus diffuse, plus ancienne, plus complexe ou qu’elle semble présente « depuis toujours » sans qu’il soit possible d’en identifier immédiatement l’origine, le Brainspotting constitue souvent une porte d’entrée particulièrement intéressante. Il m’arrive également de passer de l’une à l’autre au cours d’un même accompagnement. 

L’EMDR aide souvent le cerveau à réparer ce qui a été clairement brisé tandis que le Brainspotting lui laisse parfois la liberté de découvrir lui-même ce qui a encore besoin d’être restauré.

Ces alternatives se discutent en séance avec le patient et se co-construisent au fil du travail thérapeutique en fonction des besoins et des sensibilités de chacun. 

Car ce n’est jamais la méthode qui guide le travail. C’est toujours le patient. qui reste garant de sa thérapie, de son rythme et des outils qu'il préfère utiliser car chaque histoire est singulière et chaque personne évolue en son temps.  

Chaque cerveau possède en effet son propre rythme. Chaque histoire est singulière. Chaque maison raconte une histoire qui lui appartient.

Ce n’est jamais la méthode qui soigne !

L’EMDR et le Brainspotting ne sont pas des méthodes qui effacent le passé. Elles permettent progressivement au patient de ne plus rester prisonniers de certaines expériences.

Les souvenirs demeurent. Mais ils cessent peu à peu d’envahir le présent.

Finalement, aucun thérapeute ne peut réparer la maison de quelqu’un. Personne ne connaît mieux cette maison que celui qui y habite depuis toujours.

J'ai appris, pour ma part, à marcher simplement à ses côtés jusqu'à ce qu'il retrouve sa lumière.
 

 

Article rédigé par Céline Bidon-Lemesle
Psychologue Clinicienne – Psychothérapeute – Accréditée EMDR Europe- www.accueilpsy.fr
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