Tics et TOC...

Préambule

         Nous sommes tous plus ou moins sujets aux tics et tocs, il s'agit la plupart du temps de ce que l'on nomme communément nos habitudes. Quelle personne n'apprécie pas de garder la même place à table, qui ne se sent pas un peu désorganisé lorsque  l'on change de côté du lit pour dormir ? 

         Ces rituels sont importants dans la vie des enfants et des adultes, en ce sens qu'ils permettent de contrôler à minima et d'anticiper ce qui se prépare dans la vie, cette existence qui peut parfois nous surprendre et nous déstabiliser dans nos repères. Plus les rituels prennent de la place, lus ils signent en toile de fond une anxiété que les habitudes ont pour fonction de réguler voire de contenir. 

Définitions

         Lorsque ces rituels deviennent envahissants et uni-modaux (un seul mode d'expression qui se veut très excessif), il est d'usage en psychiatrie de parler de trouble obsessionnel compulsif. La personne devient alors « l'esclave » de ces rituels, qui n'assurent plus leur fonction initiale de régulation de l'anxiété puisque leur accomplissement entraine le besoin pour le sujet de recommencer à nouveau, de vérifier, de compter... 

         Les tics sont des mouvements répétés prenant souvent une forme corporelle : je me gratte l'œil, je tire la langue quand je suis concentré..., alors que le TOC (Trouble Obsessionnel Compulsif) est un trouble qui oblige le sujet à avoir toujours le même comportement, sans pouvoir le maitriser véritablement, c'est plus fort que soi : la personne ne peut pas s'empêcher de refaire son lit, dix fois avant de se coucher, les mains doivent être lavées 40 fois dans un sens particulier, les cheveux doivent être coiffés dans un ordre précis, le ménage doit être fait 4 fois par jours pour éviter la confrontation aux microbes..... 

Formes communes et particulières

         Ce trouble ne signe pas nécessairement de trouble de de la personnalité, les TOCS au même titre que la dépression s'invitent dans beaucoup de psychopathologies de façon autonome : névrose obsessionnelle, schizophrénie, fonctionnement borderline.... 

         Les formes très élaborées, dans leur application neurologique se retrouvent notamment dans le syndrome de Gille de la Tourette : l'enfant est pris de cris, d'insultes, il souffre de manifestations motrices étonnantes. Il s'agit alors d'un handicap important qui perturbe la vie quotidioenne et sociale du sujet. Les compulsions ritualisées apparaissent également de façon massive dans certains troubles envahissants du développement tels que l'autisme infantile. 

Caractéristiques et conséquences pour le sujet & ses proches

         Le sujet est comme emmuré et emprisonné dans une situation obsédante qu'il n'est pas en mesure de substituer à son raisonnement, et ce bien qu'il en ait conscience. C'est justement cette prise de conscience qui le distingue de la pensée psychotique (folie). La personne souffrant de TOC est prisonnière d'une certaine façon de ce handicap tel un prisonnier dans une forteresse psychique pour ne pas avoir à inventer, improviser ou risquer que quelque chose de nouveau survienne dans son existence. C'est en quelques sortes une façon de contrôler son environnement, sa vie, les évènements, le temps qui passe... 

         Le sujet impose parfois que ses rituels de tics se fassent à la vue et au sus de tous, d'une façon parfois très théâtralisée et surprenante pour l'entourage.  On comprend alors que le sujet est aux prises avec ces obsessions qui l'envahissent. Il est piégé. Elles peuvent parfois être cycliques, c'est-à-dire survenir à des périodes de façon plus ou moins prononcée au gré de la densité anxieuse qui lui est rattachée. 

Que cachent les Tics et les Tocs ?

         Ce trouble  apparait principalement lorsque la personne craint de se confronter à la mort. L'enfant par exemple préfèrera déployer des tics (sous couvert de TOC) dont la manifestation se veut essentiellement motrice  afin d'éviter de côtoyer cette peur de mourir. 

         Il s'agit d'une pathologie particulièrement difficile à traiter, d'autant que parfois, elle s'invite dans la psyché de la personne sous forme de mécanisme défensif. D'une certaine façon, le sujet expérimente ce dernier recours pour prévenir et éviter une maladie psychique peut être plus grave encore. 

         Ce serait comme le dernier rempart face au tumulte et à la désorganisation psychique. L'obsession permet dans ce contexte de contenir « les explosions » psychiques que le sujet n'est pas à même de dépasser, de sublimer, de traiter. C'est comme si cette muraille protégeait le sujet de sa chute dans un gouffre sans fond, infini...    

Quels traitements ? 

Plusieurs propositions thérapeutiques sont à ce jour proposées : 

         - En lien avec les proches : s'il est essentiel de repérer l'anxiété du sujet aux prises avec des tics et des tocs, il est d'autant plus important de ne pas cautionner et alimenter ces manifestations pathologiques chez le sujet. Il est fréquent que, particulièrement envahi et angoissé, la personne sollicite son entourage pour participer au processus de ritualisation. Cette attitude aurait involontairement pour effet de renforcer le trouble du sujet. En validant cette attitude, le sujet peut aussi finir par le banaliser, perdant alors de vue qu'il contient une angoisse plus profonde, prenant effet à travers cette conduite. Lorsque les troubles deviennent trop déstabilisants pour la personne et/ou son entourage, il est conseillé de prendre avis chez un professionnel et de consulter.     

         - La psychothérapie analytique a pour visée de travailler avec le sujet sur sa représentation de la mort et de développer avec lui d'autres mécanismes défensifs visant à le soulager de l'excès de ritualisation. Elle permet également de contenir dans un cadre structuré et structurant l'angoisse et l'anxiété que le sujet peut y déposer. Ce dispositif nécessite une régularité des séances. Le travail analytique doit souvent se poursuivre au long court afin que les résultats apparaissent nettement et de façon constante sur le temps.   

         - La psychothérapie comportementaliste a pour objectif de « rééduquer » le sujet face à ses conduites à travers des exercices prenant effet au sein de la vie quotidienne. Le travail sollicité est souvent soutenant et efficace dans les premiers temps car il s'étaye sur une certaine forme de « conditionnement psychique » face à des pensées  perçues comme étant erronées et de fait devant disparaitre au profit d'autres plus rationnelles. Toutefois, il apparait des limites à cette approche, l'anxiété, déguisée sous le TOC, pouvant dès lors muter (se déplacer) à travers d'autres formes symptomatiques.   

         - Enfin, plus récemment, une étude menée par le Dr Luc Mallet, de l'Unité Inserm Avenir (hôpital de la Pitié-Salpêtrière) vient d'annoncer des propositions chirurgicales visant à apaiser ces troubles dans ses formes les plus résistantes aux traitements pharmacologiques (antidépresseurs) et psychothérapeutiques. Bien qu'une validation de la technique employée soit encore en cours, cette recherche de sept années est porteuse d'espoir. 

Céline Bidon-Lemesle, Psychologue Clinicienn, Thérapeute Familiale, Formatrice.