Comment parler du terrorisme aux enfants?

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Il est toujours préférable de poser des mots sur ces sujets difficiles et douloureux plutôt que de ne rien en dire et de laisser les enfants face aux angoisses parentales. Les fantasmes (peurs, angoisses) sont toujours plus impressionnants que la réalité explicitée simplement. Dire la vérité dans un cadre posé et raisonnable permettra de calmer les scénarri imaginaires et anxiogènes.

Evitez absoluement les images TV, et la radio qui tourne en boucle sur ces sujets, car la répétition est traumatique et les images indélébiles, il en est de même d'ailleurs pour les adultes. Les enfants sont trop immatures en matière intellectuelle et psychique pour absorber de tels afflux visuels et émotionnels (témoignages horribles des victimes).

Les adultes ont souvent du mal à parler à leurs enfants car ils sont emprunts d'angoisses très fortes et pensent que ce sera aussi le cas chez leur enfant. 

Or, les enfants ont la plupart du temps des pensées peu structurées et peu détaillées sur ces sujets. Et ils sont très loin de ces interêts. Très peu d'enfants s'intéressent profondément à ce qui se joue dans la vie des adultes et de leurs parents. Ils sont absorbés par leurs camarades, leur vie d'écolier, leurs jouets....

En revanche, ils ressentent l'ambiance du moment et les émotions de leurs proches. C'est la raison pour laquelle, il est important de verbaliser de façon succincte la situation auprès des enfants, plutôt que de les laisser en proie à des impressions plus angoissantes pour eux : 

Pour les plus jeunes de 3 à 6 ans, vous pouvez résumer les principaux faits : « Des gens sont morts à Paris à cause des attentats et tout le monde est triste », sans en dire plus. 

Pour les plus grands, « des hommes exceptionnellement méchants ont tué beaucoup de personnes ». Evitez de donner des détails sur le déroulement, les assaillants, la violence, la panique et les suicides des kamikazes. Ajoutez que les tueurs sont également morts et que c'est fini, afin d'abaisser le niveau d'anxiété. Et préférez l'expression « des hommes sont venus faire la guerre » plutôt que « des fous ont tué des gens», afin d'éviter les amalgames.

D'autres questions arriveront au gré des rencontres extérieures dans les prochains jours et vous serez alors amenés à y répondre. Il est important de ne pas devancer les questions pour éviter de fixer les angoisses des grands sur les plus jeunes. 

La question qui revient régulièrement est « pourquoi des gens ont tué d'autres gens ? », et il est très difficile de répondre à cela, nous n'avons que peu de réponse à ce sujet. 

Pour les plus petits, il est possible de parler de gens particulièrement méchants, qui ne vont pas bien du tout et que nous même nous ne savons pas bien pourquoi ils font du mal aux autres. Vous pouvez ajouter que cela arrive très, très, très peu souvent, presque jamais. 

Cela est exceptionnel, la répétition du « très peu souvent» leur permettra de mettre de la distance entre ces évènements et eux. Il est tout aussi important de ne pas banaliser, la vigilance est de mise et la protection des enfants si elle passe en tout premier lieu par les parents, s'intériorise également à travers les mots posés sur les situations réelles. Cela permet de maitriser l'angoisse. Avant 8 ans, inutile de parler de façon trop approfondie des notions conceptuelles et géo-politiques trop complexes et confusionnantes pour eux.

A partir de 8-9 ans, vous pouvez ajouter que certaines personnes pensent que faire du mal aux autres est la bonne façon de faire pour faire peur et imposer leurs idées. Ce sont des personnes qui ne pensent pas correctement. Cela sera aussi l'occasion avec les enfants plus âgés et les adolescents d'engager un débat philosophique et politique, nécessaire à la compréhension de la situation. Les adolescents aborderont avec intérêt la question de la libre expression et de la liberté, incarnée par la marche faisant suite aux attentats du 11 janvier de Charlie Hebdo.

L'enfant peut aussi associer sur lui et sa famille : est-ce que ça peut nous arriver aussi ?

Pour les plus jeunes, vous pouvez leur dire que cela arrive très rarement et que ce n'est pas une situation habituelle et que cela n'arrive pas tous les jours, presque jamais. Tout le monde va faire attention et les parents et les adultes seront là pour les avertir s'il y a un problème. 

Ou encore, les méchants peuvent-ils revenir ? N'hésitez pas à leur dire qu'ils sont morts et que c'est fini. Les méchants s'en prennent-ils aux enfants ? Les parents confient leurs enfants aux personnes de confiance et s'organisent pour que leurs enfants ne soient pas seuls. Si les questions sont trop morbides, relatives au sang ou autre, en revanche, lui répondre que c'est très grave et que l'on pourra en reparler quand il sera plus grand. 

Enfin, il est très important de rester ouvert aux questions, d'autoriser votre enfant à vous en poser. Evitez de conclure les discussions en disant, voilà n'en parlons plus, préférez une conclusion par : « si tu as des questions, tu peux nous les poser maintenant ou plus tard ». 

Les agitations comportementales des enfants sont le signe de ce qui se joue émotionnellement en eux. Parler, leur permettra de libérer leurs tensions à ce sujet : « tu peux me parler si tu veux, est ce que quelque chose t'inquiètes ? », un enfant pense dans son corps, observez le et vous le comprendrez.

Explicitez également que notre pays sera gardé par des policiers et des militaires avec des armes, mais que ce sont des personnes qui sont là pour nous protéger en cas de danger. Ils en verront beaucoup dans la rue, c'est normal. 

Si vous, parents, parvenez à maitriser votre angoisse, votre enfant se callera sur vous, il n'est donc pas nécessaire de lui dire « n'aie pas peur », car cette phrase peut être vécue de façon paradoxale si vous ne parvenez pas à être suffisamment serein. Pour y parvenir, il est nécessaire de poursuivre autant que possible ses habitudes de vie, afin de lui éviter une sur-vigilance, susceptible de l'inquiéter. 

Ces livres et contes seront peut-être d'actualité, ils sont des supports psychiques et émotionnels très pertinents pour aborder les sujets nécessaires, douloureux et difficiles, en voici quelques références :

A partir de 3 ans : La peur de Catherine Dolto et Aujourd'hui je suis.. de Mies van Hout (pour traiter des émotions), Tous pareils d'Edouard Manceau et les Enfants du monde de la Martinière jeunesse (pour traiter de la notion d'égalité), 

A partir de 4-5 ans : Les contes de Grimm et d'Andersen (pour traiter de la violence et traduire les comportements humains dans toutes leur diversité), la question des tout petits sur les méchants, la question des tout petits sur la mort, la question des tout petits sur l'amour, chez Bayard Jeunesse, Nos petits enterrements de Ulf Nilson et Eva Erikson

A partir de 6 ans : l'Alphabet de la Sagesse 26 contes du monde entier (amour, confiance, unité, xénophobie...)

A partir de 8-9 ans : Les religions mesp'tites questions chez Milan, le Guide du Supermoi (chapitre ressentir, le regard des autres, devenir adulte, la mort...) d'Hélène Bruller et Charles Berberian...

Je souhaite Courage et Résilience à toutes et tous en ces temps difficiles